Saturday, May 21, 2016

Parlement : L'insulte au kreol morisyen

C'est hallucinant. En même temps nous ne pouvons sous-estimer le fait que nous sortons à peine du colonialisme européen. Du moins officiellement.

Pour les uns, cela prêterait flanc à la vulgarité. Je me souviens d'un journal qui avait gommé le
« Mari » du titre d'un de mes articles. Alors que le « Mother Fucker », titre d'un spectacle d'une humoriste étrangère, ne dérangeait pas grand monde. Saluons la décision d'aller de l'avant avec la retransmission en direct à la télévision des séances parlementaires. Gageons que le pouvoir inhibitif qui vient avec permettrait d'atténuer les dérives langagières et de démontrer simultanément que le kreol morisyen n'a aucun monopole sur la vulgarité de forme. Car la vulgarité peut aussi être de fond.


Pour les autres, le kreol morisyen nous éloignerait du village global. Nous devons sans doute nous inquiéter du recul de l'anglais, lingua franca internationale incontestable, qui nous enferme dans une bulle culturelle. Mais le Parlement est censé agir comme plateforme de délibérations pour relayer nos attentes, nos inquiétudes et nos aspirations. Il doit s'exprimer dans une langue comprise par tous. Autrement, son rôle devient caduc. Ne confondons plus moyen et finalité. Comme pour l'utilisation du kreol morisyen en tant que médium d'enseignement complémentaire.

Pour revenir à notre modèle fétiche, Singapour aussi possède son
kreol, le singlish, qui est constitué d'une base d'anglais avec des emprunts au mandarin, tamil, malais, etc. Même si l'anglais demeure leur langue de l'enseignement et au Parlement, il est nettement plus à la portée de tous les Singapouriens. Un atout qui non seulement facilite leur intégration locale et globale mais aiguise aussi leur compétitivité générale.


La langue maternelle est un pivot dans la construction identitaire. Lorsqu'elle est dévalorisée, la voie vers un fort sens d'appartenance et une citoyenneté épanouie est entravée. Une langue véhicule ce qu'elle intègre dans le temps et l'espace. Quand, en plus, la langue internationale « valorisante » et « cannibalisante » n'est pas la
lingua franca globale, nous ne pouvons que regretter l'aliénation culturelle exacerbée dans son sillage.


La constitution d'une cellule d'études postcoloniales, que ce soit à l'université ou ailleurs, devient pressant pour comprendre notre passé, expliquer notre présent et appréhender notre futur. A Lindsey Collen, Nandini Bhauttoo-Dewnarain, Catherine Boudet, Jimmy Harmon, Jooneed Jeerooburkhan, Jonathan Ravat, Vijaya Teelock et d'autres de réunir leurs compétences et prendre l'initiative.

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