Friday, March 25, 2011

La dépréciation de la roupie parasite Maurice

« La stabilité des prix n'est pas tout, mais sans la stabilité des prix tout se complique »
Otmar Emminger, ancien président de la Deutsche Bundesbank


Chaque année, dans le sillage de la présentation du budget, nous assistons
à une partie de lutte entre les représentants des employés, des employeurs et du gouvernement pour s'entendre sur un montant pour la révision des salaires. Ils se réunissaient au National Pay Council (NPC), avec un président indépendant qui aspirait à régler le différend avec la proposition d'un barème, après avoir évalué les points de vue de toutes les parties. Néanmoins, le mécanisme, aussi bien intentionné soit-il, a été incapable de répondre aux attentes. Il est très peu probable que le National Tripartite Forum ne puisse modifier grand chose. Pourquoi ce cycle à l'infini ?

D'une part, les syndicalistes affirment que la révision des salaires doit uniquement être concernée par la réparation de la perte du pouvoir d'achat. Du point de vue des employeurs, et du gouvernement aussi, la capacité des employeurs à payer l’augmentation et l'accroissement de la productivité doivent aussi être considérés. Officiellement, les trois paramètres - la compensation de l'érosion du pouvoir d'achat, la capacité à payer et la productivité - constituaient la base du mandat du NPC.

En termes pratiques, les paramètres, tous pertinents faut-il le souligner, ne peuvent être conciliés parce qu'ils reposent sur des hypothèses non seulement insuffisantes, mais trompeuses. Parmi lesquelles le taux d'inflation calculé par le Central Statistics Office est le plus crucial.
Le taux mesure les variations moyennes des prix d'un panier de biens et services qui lui-même est une représentation moyenne de la structure des dépenses du ménage moyen. Mais existe-t-il un ménage type? De surcroît avec la disparité criante qui caractérise le système salarial national.

Le poids des dépenses alimentaires et de l'électricité, par exemple, dans les dépenses mensuelles des ménages différents varie en fonction de leurs niveaux de revenu. Plus le revenu est bas, plus la charge est lourde, surtout quand il y a une envolée du prix de l'alimentation et du carburant sur le plan mondial. Les consommateurs mauriciens sont encore plus vulnérables car ils vivent dans un pays qui n'a pas réussi à s'engager dans un programme raisonnable de sécurité alimentaire et énergétique et doit presque entièrement dépendre sur des importations de plus en plus coûteuses - dans une large mesure la conséquence inévitable de la dépréciation endémique de la roupie.

Econoclasme

Dans une interview, Cader Sayed-Hossen, président de la Commission pour la démocratisation de l'économie, révèle comment, lors d'une réunion avec des représentants de la Bank of Mauritius (BoM), un magnat des affaires prônait la dépréciation de la roupie pour pallier la baisse des recettes du sucre, allant même jusqu’à suggérer un barème. Ironiquement, en scrutant le comportement de la roupie au cours des années, nous constatons que ce barème a déjà intégré le système. Certes avec une vigueur retrouvée
épisodique quand la BoM tient tête à l'instrumentalisation par des entreprises nocives et se laisse guidée par la raison.

Si leur lobby avait été aussi puissant, les employés n'auraient pas à se contenter d'un barème, celui validé par le gouvernement pour l’ajustement salarial, qui dans la plupart des cas atténue à peine l'impact négatif de l'inflation sur leur revenu. Il en est ainsi parce que les employés ont tendance à être compensés au strict minimum car le revenu ciblé comme base d’ajustement est extrêmement conservateur, pour ne pas dire irréaliste.

Lorsque les bénéficiaires de devises les plus nombrilistes fulminent sur la valeur internationale de la roupie, ils prétendent qu’une roupie « faible » est « bonne » pour l'économie mauricienne. Cette posture aussi cynique que paternaliste sur les effets bénéfiques d'une roupie dépréciée est fondée en partie sur l'espoir que la hausse des exportations de la production manufacturière augmentera l'emploi et stimulera l'expansion économique. Or, nous constatons à Maurice une évolution en dents de scie dans la création d'emplois et la croissance économique malgré la dépréciation persistante.

Bien que la relation intime entre le taux d'inflation et le taux de change dans une économie très ouverte comme Maurice ne saurait être contestée, la prétendue relation entre la dépréciation de la monnaie et la compétitivité réelle tire sa justification dans une vision étriquée plutôt que dans une compréhension intuitive de la situation. Comme la dépréciation s’infiltre dans le système, elle stimule un cercle vicieux. Tôt ou tard l'illusion d'un soulagement finit par se révéler qu’une autoflagellation.

Malaise mauricien

Le capital humain est le facteur déterminant dans la quête d’une hausse de la compétitivité. Hélas ! La lubie pour la dépréciation a sérieusement entamé le moral des citoyens. Que ce soit subtilement, lorsque le glissement est lent, ou sévèrement, lorsque le glissement est rapide. La productivité ne peut être créé par magie en récompensant seuls les citoyens les plus influents. La véritable richesse est générée lorsque le système est imprégné d’incitations primordiales au dynamisme de la grande majorité.

Pendant des décennies, les exportateurs ont eu la chance d'accès préférentiel aux marchés et une roupie faible. Pour certains d'entre eux, maintenant que l'ère de l'accès préférentiel s'estompe, il ne reste que le lobby de la dépréciation pour s'accrocher. Les mauvaises habitudes ont la vie dure. Lorsque les décideurs cèdent à leurs caprices, ils perdent aussi leur pouvoir dans l’élaboration des stratégies d’adaptation au capitalisme mondialisé. D'où le retard grandissant dans la logistique nationale, tels que les réseaux routiers, les installations portuaires et aéroportuaires, l'approvisionnement en eau et ainsi de suite. Rouillant ainsi dangereusement les courroies de transmission du système.

La BoM ne peut pas faire face à la complexité d'une économie seule.
Il n'est pas étonnant alors qu'elle soit coincée dans un rôle de pompier face à un
incendie de forêt. Le pays est à la croisée des chemins. Le moment est venu de se débarrasser de l'aberration de la dépréciation de la roupie, un cancer qui ronge le système. Conjointement avec la corruption, les cartels et la prime de risque élevée en raison de la prévisibilité faible, elle fausse les prix du marché et aigrit les relations industrielles. Contrairement aux idées reçues, elle n'est pas toujours propice à la consolidation des fondamentaux économiques, tels que les balances commerciales. Pire encore, elle les déstabilise, avec l'impact du prix du carburant par exemple.

Sans doute, la Federal Reserve, la Bank of England ou la Banque centrale européenne peuvent fournir
les principes directeurs à la BoM. Mais quand il s'agit de réduire au minimum le risque de volatilité de la roupie, Maurice doit adapter ses politiques à ses propres spécificités. Singapour et Hong Kong, deux des étoiles de la mondialisation avec des profils similaires à Maurice, devraient plutôt nous servir d’inspiration.

Nos
gouvernements successifs ont acquis une réputation de prêter attention à toutes sortes de lobbies, peu importe leur fondement, aussi longtemps qu'ils sont assez bruyants. En adoptant une telle attitude, les gouvernements gaspillent beaucoup d'énergie et de temps à gérer les distorsions qui en résultent, le mécontentement et leur effet domino au lieu de se concentrer sur les solutions aux problèmes urgents. Dans ces circonstances, les politiques ont tendance à avoir un effet boomerang.

Désintoxication

Les décideurs ne devraient pas perdre leurs marques face aux jérémiades émanant de certains bénéficiaires de devises. Il ne s'agit pas de dénigrer le profit, mais d'exposer la supercherie. Les décideurs ne doivent pas perdre de vue - premièrement, la profitabilité réelle qui, pour certains, n’ont rien à envier aux détaillants de produits de luxe en termes de pourcentage ; puis, le fait que les fabricants importent des ouvriers étrangers pleins d’entrain pour surmonter la démotivation des ouvriers locaux ; et enfin, plus centralement, la part élevée des intrants importés dans le processus de fabrication.

Dans un article de journal, Serge Seeneyen, directeur général de Soniawear, affirme que «lorsque la roupie s'apprécie, il appartient aux entreprises de prendre des initiatives pour atténuer son impact, réduire leurs coûts de fonctionnement et devenir plus efficaces. Nous allons traverser des moments difficiles, mais je reste optimiste. J'espère qu'à l'avenir, je vais rattraper les pertes d'aujourd'hui ». Rien d'autre qu’une expression typique de l'esprit d'entreprise.

Le signal que Maurice est prête pour la mondialisation viendra au moment où, à savoir, de telles déclarations positives remplacent les unes complaisantes et quand les syndicalistes sont prêts à lâcher des primes qui ne sont pas liées à la performance. C'est-à-dire quand conformément au ressenti de la majorité des entreprises et des citoyens, indépendamment de ce que le lissage statistique peut claironner, leurs efforts sont récompensés de manière équitable.

Une telle transformation ne peut être présidée ou sous-traitée. Elle peut seulement se produire à travers un leadership éclairé capable de créer la synergie nécessaire à une expansion économique non-inflationniste,
inclusive et durable.

Monday, January 17, 2011

Salaam, "gentillesse légendaire" ?

La lecture du cheminement de Maurice depuis son "indépendance" politique dépend certes des critères d'évaluation, mais aussi de l'expérience individuelle de chaque citoyen. D'un point de vue strictement matériel, l'impression d'ensemble tendrait à démontrer un "progrès" symbolisé, entre autres, par des maisons plus résistantes aux cyclones et mieux équipées, des antennes paraboliques, des “autoroutes”, des centres commerciaux. En déconstruisant ce "devlopma", une réalité nettement plus nuancée se dessine. La question fondamentale est : à quel prix ?

Dans le sillage du "miracle" des années 1980, le plein emploi, les revenus additionnels dans les ménages et une inflation relativement basse ont favorisé l'essor de revenus disponibles et une sophistication du train de vie. Les "besoins" ayant été plus accessibles, beaucoup de Mauriciens pouvaient ainsi se permettre de satisfaire leurs "désirs", quitte à s'endetter. Preuve que, même si elle a été éphémère, la confiance s'était installée. Et la complaisance avec. Or, c'est dans un tel cycle qu'une transformation structurelle s'avère moins pénible à mettre en place. Hélas !

Le fossé entre l'offre et la demande dans pratiquement tous les secteurs n'arrête pas de s'élargir depuis. Que ce soit en terme de quantité ou de qualité. Les inadéquations ont atteint un tel niveau qu'il devient légitime d'être inquiet. S'il y a une vertu qui semble être aux antipodes des caractéristiques de nos gouvernements successifs, sauf peut-être dans une moindre mesure le premier gouvernement après l'indépendance, c'est le planning.

Voici un exemple très évocateur de ce qui sépare la vision de l'hallucination : le troisième terminal opérationnel depuis peu à l'aéroport de Singapour était déjà inscrit dans le plan directeur de 1975. A Maurice, la "croissance à tout prix" a occulté la nécessité d'anticiper l'avenir et de s'adapter aux mutations globales. Pour justement entretenir cette obsession, au lieu de revoir complètement ses politiques publiques, Maurice s'est largement contentée de doper son expansion économique à travers la dépréciation de la roupie tout en bénéficiant d'accords préférentiels.

Au fur et à mesure que le pays s'éloigne de l'ère du "miracle" et des bienveillances des "pays amis", les Mauriciens, pour qui "besoins" et "désirs" sont devenus entre-temps indissociables, se retrouvent de plus en plus dans une situation où même pour assurer le minimum vital, ils doivent "tracer". Parce que la dépréciation persistante de la roupie, malgré quelques répits, ronge leur pouvoir d'achat, l'endettement les piège et le spectre du chômage guette. Bref pour bon nombre de Mauriciens, existence rime désormais avec survie.

Malheureusement, tout le monde n'a pas la même force de caractère pour s'en sortir. En effet, si certains, victimes d'une stigmatisation bien ancrée ou prisonniers d'un manque de formation et de qualifications, sont plus vulnérables et sombrent souvent dans des fléaux sociaux, d'autres sont obligés de cumuler deux ou plusieurs emplois pour essayer de joindre les deux bouts ou d'autres encore considèrent l'émigration comme seul espoir pour préserver un peu de dignité.

Aujourd'hui, c'est indéniable: l'attitude d'une bonne partie de nos ressources humaines peut frustrer même l'employeur le plus empathique. Est-ce parce que les Mauriciens ont été trop "assistés" et qu'ils sont devenus "paresseux" ? Pourquoi alors ces jeunes Mauriciens fraîchement débarqués au Canada, par exemple, manifestent autant d'enthousiasme ? L'économie de marché conditionne le citoyen à se comporter comme l'entrepreneur, il est plus motivé lorsqu'il anticipe un "retour sur investissement".

La morosité ambiante parasitera le système national tant que les distorsions au sein du mécanisme de redistribution de la richesse et de l'ascenseur de la mobilité sociale ne seront pas résolues. Dans ce contexte, ce dont Maurice n'a pas besoin, ce sont ces ruptures de forme à la sauce de ces bailleurs de fonds qui perpétuent notre dépendance et ébranlent les fondements mêmes du vivre ensemble. Surtout que simultanément le capitalisme de copinage et de rente, réfractaire aux activités productives et transmis par une corruption endémique, contribue à polariser dangereusement les ressources du pays, aliéner les citoyens et susciter une demande croissante pour les “gated communities”.

Serait-il aléatoire d'affirmer que si Maurice a accompli ce qu'elle a accompli, c'est moins à cause de ses gouvernements successifs, mais plus malgré eux ? Selon une enquête d'une organisation patronale, seulement 6% des sondés plébiscitaient les "réformes" post-2005 pourtant célébrées dans d'autres sphères comme des panacées. Parallèlement, un des "facilitateurs" attitrés des "booms" ou des "crises" à venir soutient qu'il ne faut surtout pas taxer davantage les projets sous Integrated Resort Scheme car ce serait " tuer la poule aux œufs d'or". Comme quoi, "réduire la bureaucratie" peut prendre l'allure d'un défilement de tapis rouge pour les membres d'un "club" adroitement ciblés.

Et ces "pauvres", qui ont le privilège d'un plaidoyer particulièrement cynique en leur faveur, ne correspondraient-ils pas en réalité aux 94% constitués des entreprises, et aux ménages par extension, exclus de ces réseaux et qui se contentent des miettes, et encore, des "fruits de la réforme" ? La sécurité alimentaire et énergétique, la préservation de l'environnement, l'épanouissement à travers une vie culturelle dynamique et des activités de loisirs accessibles à tous ne seraient alors que des fantasmes de doux rêveurs.

Le déclic viendra seulement après qu'une masse critique s'émancipe des vices légués probablement par l'héritage colonial et une éducation qui gratifie la mémorisation. La tyrannie des "experts" et des imposteurs se prolongera donc aussi longtemps que dureront la culture de révérence et le manque de distance critique qui débouchent sur des postures pathétiquement partisanes et binaires.

Pour freiner la dilapidation des fonds publics, les citoyens doivent d'abord intérioriser le fait que les gouvernements ne sont que les dépositaires de leur propre argent, avant de développer le réflexe d'en réclamer systématiquement une utilisation efficiente et transparente. Un autre réflexe qui demande à proliférer c'est l'exigence de "sanzman" non pas parce "qu'on ne sait pas ce que les étrangers vont penser de nous" mais parce que les gouvernements nous sont d'abord redevables.

Sans l'activisme des contribuables, des consommateurs et des (petits) actionnaires pour réclamer leurs droits sociaux et économiques, sans, en contrepartie, un leadership capable de rallier la grande majorité des Mauriciens autour d'un véritable projet de société, Maurice ne pourra jamais offrir à ses citoyens une qualité de vie proche de la Suisse, de la Norvège ou de la Nouvelle-Zélande.

Finalement, il importe peu que l'inspiration émane du Nord ou du Sud, de l'Ouest ou de l'Est, de la Droite ou de la Gauche. L'essentiel est qu'il y ait une culture de résultat, un pragmatisme néanmoins complètement dépouillé de bushisme ou de sarkozysme, mais qui "put people first" pour de vrai.

La clé de la prospérité à long terme de Maurice réside dans un système qui récompense équitablement l’effort, la créativité et l’intégrité.

Saturday, January 1, 2011

L'héritage cosmopolite mauricien à l'épreuve des valeurs toxiques et exotiques


Is there such thing as "valeurs universelles"? Should we not rather try to identify values we share and strive to live and breathe them with no supremacist and proselytistic zeal whatsoever? Est-ce que les valeurs proclamées par la "république" française sont effectivement plus citoyennes que celles vécues dans la "monarchie" suédoise par exemple? Should policies be "blind" or
"neutral" and "affirmative" (with a sunset clause) to ethnicity and gender? Should the institutionalisation of religion be singled out for fomenting the nu-bann and bann-la divide? Or is it rather its instrumentalisation? The following insights may help shedding light on what is merely alieniation and what is truly inspirational.

La vraie division du monde n'est pas entre Orient et Occident, entre Nord et Sud, mais entre les cons et pas cons.
Marjane Satrapi, auteure de bande dessinée

The ability to think critically;to transcend local loyalties and to approach world problems as "a citizen of the world"; and, finally, to empathise make or break democracy.
Martha Nussbaum, philosophe

To be race-blind, paradoxically, requires us to be race-conscious. This means recognising how race can be divisive if not handled with care.

Eugene Tan, law professor 

Je dirai que c'est la cohérence de la pensée complexe qui contient la diversité et permet de la comprendre. J'adhère à ce qui peut être dit sur la diversité des psychologies, des héritages culturels. Cependant, la diversité doit être pensée en se fondant sur la cohérence et la compréhension.
Edgar Morin, philosophe

"Tolerance" is not only a question of enacting and applying laws; it must be practiced in everyday life. Tolerance means that believers of one faith, of a different faith and non-believers must mutually concede one another the right to those convictions, practices and ways of living that they themselves reject. This concession must be supported by a shared basis of mutual recognition from which repugnant dissonances can be overcome. This recognition should not be confused with an appreciation of an alien culture and way of living, or of rejected convictions and practices.
Jurgen Habermas, philosophe

The “toleration” that was the watchword of the Enlightenment philosophers is not enough, thinker Tariq Ramadan argues. Toleration literally means “to suffer” or “to endure” the presence of others and implies a relationship of domination; the powerful are requested “to moderate their strength and to limit their ability to do harm”. But such grudging acceptance is detrimental to both the person who tolerates and the one whose presence is merely endured. What is required is respect, based on a relationship of equality. Tolerance can “reduce the other to a mere presence” but “respect opens up to us the complexity of his being”.
Karen Armstrong, écrivain

Too many countries still cling to the hope that once societies democratize, modernize, and develop economically, then ethnic politics will disappear. So far as I can tell, there is no evidence for believing this, and much evidence to the contrary. Some of the deepest values of liberal democracy – including foundational commitments to individual freedom, political equality and human rights – operate to support and sustain ethnic politics. We need to acknowledge this and to prepare for it when thinking about the sort of democratic society we wish to build.
Will Kymlicka, philosophe

Nous avons besoin d'un nouveau modèle de société où les différences religieuses ou culturelles sont mises en avant et où elles sont reconnues et valorisées. C'est très sain ces différences, il ne faut pas les diaboliser. Nous sommes certes différents mais la construction de notre mauricianisme ne se fera pas en dehors de nos différences mais à partir de ces différences.
Jonathan Ravat, étudiant chercheur 

Le modèle républicain français postule que les citoyens français possèdent tous la même identité culturelle. En fait, c’est même la seule identité acceptable.
Ezra Suleiman, professeur de science politique 

Only primitive societies that allow no differences of any kind, and dictatorships, which control all aspects of life, are free of parallel societies
Henryk Broder, journalist.

Les responsables politiques ont accordé une reconnaissance inédite aux autorités religieuses, devenues les porte-parole des différentes communautés. Résultat, ces voix se confondent aujourd’hui avec celle du clergé. Et l’on assiste à un phénomène nouveau : le développement de la pratique religieuse chez des gens qui n’étaient pas spécialement pratiquants jusque-là. Mais comme on ne cesse de leur répéter que c’est leur origine religieuse qui les définit, ils finissent par y croire.

Amartya Sen, professeur d'économie et de philosophie

Quand la peur devient si intense et si interne, et le préjugé si viscéral et si partagé, le désir de démasquer l’ennemi potentiel, de l’exposer, d’en révéler l’identité profonde et secrète devient un besoin presque anal ! Je crains que la fixation sur le voile ait davantage à voir avec cette forme de l’analité qu’avec la laïcité !
Achille Mbembe, historien

In France debates about multiculturalism occur under the overarching canopy of laïcité, a term that loosely but inadequately translates into English as "secularism". With laïcité the state actively expels religious life beyond a border that the state itself has defined by law. Laïcité actually fosters religion by making it a separate category. It reinforces religious identities rather than allowing them to dissolve into more diversified social practices.
Malise Ruthven, historien

Depuis une vingtaine d’années, c’est de certains intellectuels, de la gauche dite «républicaine», que sont venus les arguments au service de la xénophobie ou du racisme. Le Front national n’a plus besoin de dire que les immigrés nous volent notre travail ou que ce sont des petits voyous. Il lui suffit de proclamer qu’ils ne sont pas laïques, qu’ils ne partagent pas nos valeurs, qu’ils sont communautaristes...
Jacques Rancière, philosophe

Le mot “république” n’est-il pas désormais trop contaminé par une acception nationaliste, réactionnaire, xénophobe, raciste? Le "communautarisme", c'est la visibilité de gens dont on voudrait qu'ils soient invisibles. C’est ainsi que, grâce à l’usage de “république” et de “communautarisme”, se dessine en creux, l’image d’une nation composée exclusivement de gens d’apparence européenne, quelle que soit leur nationalité.
Christine Delphy, sociologue


En France, le mot même de communauté (communauté d'intérêts, communauté de voisinage) est dégradé en "communautarisme" pour désigner une forme régressive de citoyenneté.
Laurent Mucchielli, sociologue

Le propre du modèle universaliste hégémonique c’est de dire: notre civilisation est à l’origine de la modernité, ou d’une certaine idée de la modernité, et si vous ne vous y soumettez pas, c’est que vous êtes arriérés. C’est pourquoi il produit du communautarisme, par réaction, puisque ceux qui doivent s’y plier ont été exclus de sa construction.
Mondher Kilani, anthropologue

C'est notre modèle culturel-catholique-français de l'imaginaire de "La France Éternelle", qui nous a empêchés et continue de nous empêcher de comprendre ce qui se passe ici et de développer une stratégie.
Filip Fanchette, prêtre

A force de rouler les mécaniques, les intellectuels normalisés par l'idéologie christiano-laïque à la française se sont enfermés dans une attitude qui évacue tout ce qui n'est pas digérable en France.

Pierre Legendre, psychanalyste

Aujourd'hui, force est de constater que le républicanisme français a fait faillite, car il ne sait pas gérer une société pluriculturelle. Le républicanisme n'a aucune perspective d'avenir; il ne sait pas raconter ce que peut être l'avenir.
Jean Baubérot, historien

La laïcité est une forme d'étroitesse d'esprit. Elle favorise l'homogénéité alors que ce qui est nécessaire pour promouvoir la tolérance, c’est la difference.
Rachael Levy, journaliste  

Simple notions of "Laïcité", à la française, which simply tried to marginalize religion, are no longer adequate to our situation.
We can no longer have a civil religion – not one based on God, nor on laïcité and the rights of man, nor, indeed, on any particular view. We live, today, in uncharted territory. We face a challenge that is unprecedented in human history: creation of a powerful political ethic of solidarity self-consciously grounded on the presence and acceptance of very different views.

Charles Taylor, professeur de science politique et de philosophie

If racism has been the subtext of the foulard controversy in France, historian Joan Wallach Scott argues, then laïcité was its expression. Those who supported the ban on headscarves argued that laïcité was not simply secularism but a universal notion that was also unique to France. They called it une singularité française. Upon closer scrutiny, however, this particular notion seemed to be quite accommodating to Catholics and rather intransigent to others.
Laila Lalami, romancière

The social and political measures taken by Mustafa Kemal Ataturk were very much influenced by the French laïcité, which more than being pluralist and inclusive was monolithic and exclusivist. Turkish elites asserted that religion was an “obstacle to progress.” and, therefore, they incorporated the French laïcité, rather than the less confrontational Anglo-Saxon secularism, which allowed no role whatsoever for faith in public life.

Ramin Jahanbegloo, philosophe

I must point out that the great killers and ethno-nationalists of our times, strangely enough, have come not from among religious fanatics but from non-believing secular-rationalists or ideologues using religion and ethnicity instrumentally. Adolf Hitler was not religious at all nor was Joseph Stalin. In South Asia, the great theoretician of Hindutva, Vinayak Damodar Savarkar, was a secularist who thought it irrational to consider the cow sacred and refused a Hindu funeral to his wife and to himself.
Ashis Nandy, sociologue 

In contrast with laïcité, for example - often described as the most extreme interpretation of western secularism -, the Indian model does not see a wall of separation between politics and faith but, instead, insists on the neutrality of the state towards religion. Indian secularism does not require the state to be irreligious or anti-religious; nor does it ban religion from the public sphere.
Mehdi Hasan, éditorialiste

La conception laïque de séparation public/ privé n’est qu’un modèle d’État-nation parmi d’autres. Pour les systèmes de pensée de l'Hindouisme ou de l'Islam, cette séparation n'a même pas lieu d'être. Il existe, par exemple, des prescriptions politiques dans les Vedas.
Belall Maudarbux, universitaire

Lorsqu'on dit que la laïcité est le fait que le religieux doit rester dans le privée, on n'est plus dans la définition juridique de la laïcité mais dans la définition idéologique.
Olivier Roy, politologue

La laïcité est un principe qui devrait s'appliquer aux institutions et non aux citoyens.
Cécile Laborde, politologue

My parents are Indian and proud of it. They have Indian friends whom they meet regularly at weekends, eating Indian food, sometimes in Indian dress and speaking in Hindi. But they have just as many close friends who are white and British. Their next-door neighbours – the Hallows – are one of the most wonderful families I have ever met. They created a gap in the fence between the two homes so they could come easily into ours and my parents go into theirs. It is a tiny but perfect example of integration – and it relies wholly on the fact that every person involved embraces multiculturalism.When I was growing up, people in India used to call me a "coconut": brown on the outside and white on the inside. I hope they never do that again.
Anushka Asthana, éditorialiste

Le défaut de tous ces programmes d'études pseudo-universitaires, ce n'est pas qu'ils se concentrent sur telle ou telle minorité sexuelle, ethnique ou géographique, c'est qu'ils encouragent les membres de cette minorité à n'étudier qu'eux-mêmes, ce qui non seulement sape l'objectif même d'une éducation humaniste mais renforce la mentalité sectaire et les réflexes de ghettoïsation qu'ils prétendent éradiquer.
Tony Judt, historien

We have crafted a set of very intricate rules, no housing blocks shall have more than a percentage of so many Chinese, so many percent Malays, Indians. All are thoroughly mixed. Willy-nilly, your neighbors are Indians, Malays, etc. You go to the same shopping malls, you go to the same schools, the same playing fields, you go up and down the same lifts. We cannot allow segregation.
Lee Kuan Yew, ancien Premier minister

I am against schools representing one single world view.The state is not allowed to side with a religion or ideology. But to completely separate religion and state, that's French laicism – and it doesn't work, because it propagates a secularity for the public sphere that is itself a world view.
Pater Tobias Zimmermann, head teacher of the Canisius Kolleg in Berlin

Il n'est pas sain pour un être humain de passer trop de temps à contempler son propre reflet. Ironie du sort, les communautés de gens d'esprit semblable représentent l'un des plus grands dangers de notre univers mondialisé d'aujourd'hui. Et cela se passe partout, chez les libéraux et les conservateurs, les agnostiques et les croyants, les riches et les pauvres, en Orient comme en Occident. Nous avons tendance à former des groupes, fondés sur la similitude, et puis nous produisons des stéréotypes au sujet d'autres groupes de personnes.
Elif Shafak, écrivain