Une policière de affirme avoir été giflée, dans son propre poste, par une ressortissante étrangère. Celle-ci s'est vu notifier une accusation d'Assaulting Police, mais n'a pas été arrêtée. Précisons-le : il s'agit d'une version, et il appartient à la justice de trancher.
Mais personne ne lit cet incident isolément. Les Mauriciens le lisent à la lumière du reste : un littoral bradé, des villages repoussés derrière des portails qui ne sont pas les leurs, un modèle de développement bâti pour ceux qui arrivent avec des capitaux et qui traite ceux qui restent en simple décor. La gentrification n'est qu'un détonateur parmi d'autres. À ses côtés, le coût de la vie qui étrangle, les affaires de corruption qui s'enlisent, et la conviction tenace que le carnet d'adresses pèse plus lourd que la sueur du travail honnête.
Cette colère est légitime. C'était écrit depuis longtemps. Pendant des années, gouvernements successifs et gros propriétaires terriens ont joué à l'autruche, la tête dans le sable et les yeux sur le chiffre : de l'argent, vite, en quantité massive. On a vendu le sol, le front de mer et l'horizon, en se persuadant que la facture ne serait jamais présentée. Elle l'est toujours.
Elle arrive sur un terrain préparé par l'histoire. Un pays né de la plantation, où le clientélisme envers la plantocratie n'a jamais cessé, où les mêmes cercles décident de ce qui se vend, à qui et à quel prix. Le citoyen ordinaire n'a pas oublié qui était servi en premier. Les gated communities en sont le signe qui ne trompe pas : sur un territoire de 2 040 km², ériger des enclaves fermées, c'est déclarer à ses voisins qu'ils sont une menace. Une société ne se divise pas ainsi sans en payer le prix.
Ce prix, nous le voyons venir : une xénophobie bien réelle qui s'installe. Elle visera d'abord les Blancs, et l'amalgame ne fera aucune distinction. Touristes, expatriés, mais aussi Blancs locaux, Mauriciens de souche, de la neuvième génération parfois, qui n'ont jamais possédé un arpent de canne ni siégé dans un conseil d'administration. La couleur servira de raccourci à une colère qui ne prendra pas le temps de lire les titres de propriété. Cette injustice sera aussi la conséquence directe de l'opacité : quand on ne sait pas qui possède quoi, on soupçonne tout le monde de tout posséder.
Elle s'étendra aux travailleurs étrangers, qui n'ont ni portail ni gardien ni puissants à leur service, et seront les premiers exposés. Elle frappera enfin quiconque est perçu comme riche, Blanc ou non, car la rancœur ne vérifie pas les comptes en banque. Ceux qui ont bradé le pays seront les derniers à en payer le prix.
Comprendre cette colère n'oblige pas à l'absoudre. On peut la dire légitime dans ses causes et dangereuse dans ses dérives. Mais la responsabilité première incombe à ceux qui ont semé : l'État qui a bradé, les propriétaires qui ont encaissé, les dirigeants qui ont préféré la vente à la vision.
Le remède n'est ni l'indignation ni le déni. C'est l'égalité devant la loi, appliquée sans regarder le passeport ni le compte en banque ; la transparence sur qui possède et qui profite ; et des gouvernants qui lisent le mécontentement comme un signal, non comme un problème de communication.
Faute de quoi, la prochaine gifle ne sera pas un fait divers. Ce sera un symptôme de plus, et le diagnostic est connu depuis longtemps.
