Sunday, November 1, 2026

Pourquoi on se conduit mal avec ceux qu'on aime

 Presque tous les couples l'ont vécu : un mari tente d'apprendre à conduire à son épouse, et en vingt minutes, la leçon vire à la dispute. Pourtant, ce même homme, calme et patient avec un collègue ou un inconnu en difficulté, perd ses moyens face à la personne qu'il aime le plus. Ce n'est pas un hasard.

La raison tient en une phrase : avec les proches, la relation prime sur la tâche. Face à un inconnu, on est un instructeur. Le rôle est clair, l'enjeu émotionnel faible, l'histoire commune inexistante. Face à son épouse, on est d'abord un mari, et chaque remarque est lue à travers des années d'habitudes, de petites rancunes et de rapports de pouvoir implicites.

Les rôles s'entrechoquent. Dans le couple, on est égaux ; dans la voiture, l'un devient enseignant, l'autre élève. Être corrigé par son conjoint peut sembler infantilisant. S'y ajoute la peur : on s'inquiète pour la personne qu'on aime (et un peu pour la voiture), alors le ton monte, les consignes fusent et le stress de l'élève grimpe avec lui.

Il y a aussi la disparition du filtre. Avec des étrangers, la politesse et le souci de notre image nous retiennent. Avec les proches, on se relâche, et l'on y déverse parfois des frustrations accumulées. Une remarque anodine réveille alors de vieux sujets : « Tu me dis toujours quoi faire. » L'inconnu, lui, n'a pas ce passif. Enfin, le moniteur professionnel a une méthode, du sang-froid et de la distance. Le conjoint, lui, improvise, avec ses propres biais et sa propre anxiété.

Ce constat dépasse largement la conduite. Il s'applique à toute situation où l'on enseigne, conseille ou corrige un proche : devoirs des enfants, bricolage, finances. Nous sommes souvent plus doués pour gérer la tension avec ceux qui comptent peu qu'avec ceux qui comptent le plus.

Que faire ? Le plus simple est de confier l'apprentissage à un tiers, un moniteur d'auto-école. Pour le faire soi-même, mieux vaut se mettre d'accord à l'avance : un seul sujet par sortie, des consignes brèves et calmes, et un « mot d'arrêt » pour faire une pause quand la tension monte.

Parfois, la meilleure façon d'aider quelqu'un qu'on aime est d'accepter de ne pas être celui qui lui enseigne.

Friday, October 30, 2026

Statistiques ethniques à Maurice : l’art de gouverner les yeux bandés

Il est des boîtes de Pandore qu’on ouvre par mégarde. À Maurice, le débat sur les statistiques ethniques est un coup de pied de l'ONU dans la fourmilière locale.

Le constat est schizophrénique : notre nation ne compte plus sa population par communauté depuis 1972, mais elle s’obstine à la classer. Le Best Loser System (BLS), clé de voûte de notre architecture électorale, repose entièrement sur ce fantôme d'un demi-siècle. Nous avançons à l'aveugle, mais sans jamais lâcher la boussole communautaire.

L’ONU n'a pas tranché, elle a posé un ultimatum. Saisi par le mouvement Rezistans ek Alternativ (ReA) qui conteste l’obligation de déclarer son appartenance ethnique pour être candidat, le Comité des droits de l’homme a pointé l'absurdité du système. En 2012, Genève a placé l’État mauricien face à ses propres contradictions : soit abolir le BLS, soit relancer un recensement communal pour l'actualiser. La logique est implacable : on ne distribue pas des sièges de pouvoir sur des chiffres périmés.

Pour ReA, c'est l'effet boomerang. Ses détracteurs accusent le mouvement d’avoir libéré le démon communautaire de sa bouteille. En menant un combat légitime — le droit de se porter candidat sous la seule étiquette de citoyen —, ReA a involontairement offert une arme à ses adversaires : si le système doit fonctionner, il faut recompter. Bien que les victoires juridiques du mouvement, du jugement Balancy en 2005 au mini-amendement de 2014, aient fait bouger les lignes, elles ont laissé la mécanique intacte. Mais le blâmer serait trop simple : le dilemme onusien préexistait à son action, et sa bataille de fond reste profondément juste.

Face à cette urgence, le camp du statu quo s'enferme dans des certitudes fossilisées, nourries par trois grands tabous.

D'abord, l’universalisme importé. Un calque du modèle républicain français où le citoyen est une abstraction sans couleur ni origine. Dans cette optique, nommer les différences reviendrait à les créer. Le réflexe est devenu une religion civique.

Ensuite, la grille de lecture marxiste. Pour elle, seule la lutte des classes existe, l’origine n'étant qu'un écran de fumée. On y redoute que le débat racial n’étouffe la question sociale. Pourtant, nier que deux citoyens pauvres puissent vivre des réalités distinctes relève du déni théorique.

Enfin, le mythe de l’unité par l’amnésie. On a cessé de compter pour exorciser les divisions, comme si l'ignorance suffisait à dissoudre les tensions. Or, la classification a survécu au décompte, et ce dogme n’a jamais été confronté aux réalités du terrain. On refuse par principe les catégories de peur de fragmenter la société, mais cette peur devient toxique lorsqu’elle interdit de mesurer, et donc de corriger, les discriminations. S'y ajoute la hantise du nombre : l'idée de voir gravé dans le marbre qu'aucun groupe n'est majoritaire à lui seul reste, pour certains, indicible.

Le dogmatisme n'explique pas tout. Les opposants au recensement ont des arguments solides : les frontières identitaires sont mouvantes, le métissage progresse, et figer les individus dans des cases est un jeu dangereux. Mais les partisans du chiffre ont aussi leurs illusions, notamment celle qu'une statistique guérit les maux par magie. Un décompte sans action politique ne corrige rien. Il n'a de valeur que s'il sert de levier pour cibler l'exclusion là où elle fait mal : l'emploi, le logement, le crédit, l'éducation ou les marchés publics. Un chiffre qui ne change pas la vie des gens est un chiffre inutile.

Pour sortir du piège, une solution s'impose : mesurer, mais avec une date de péremption. Si Maurice choisit de quantifier ses communautés, l’outil doit intégrer une clause d'extinction automatique — après dix ans, par exemple —, renouvelable uniquement après un inventaire public de son efficacité.

Il faudra aussi désarmer les pyromanes. Tout outil de mesure attire les extrémistes : les uns pour exiger leur part du gâteau, les autres pour cibler un bouc émissaire ou verrouiller des privilèges. Les verrous de sécurité sont connus : anonymisation stricte, liberté totale de se déclarer « autre » ou « aucun », absence de fichier nominatif et contrôle par une autorité indépendante. Surtout, il faut séparer l'urgence sociale de la logique électorale. Tant qu'un même chiffre servira à la fois à réparer une injustice et à s'octroyer des sièges au Parlement, la statistique restera l'otage des calculs politiques.

Le véritable arbitrage n'est pas entre compter et fermer les yeux. Il est entre un instrument de justice et un fétiche identitaire. Compter pour corriger, avec un calendrier précis et une obligation de résultats, c’est de la politique publique responsable. Compter pour figer, c'est programmer la prochaine crise nationale.

Monday, October 26, 2026

De Maurice à la France : les deux visages de la faillite citoyenne

 Il y a des silences qui tuent et des bruits qui paralysent. En observant les trajectoires politiques de Maurice et de la France, on comprend que l’absence d'institutions véritablement horizontales et transparentes finit toujours par pervertir la citoyenneté. Faute de mécanismes sains pour négocier le contrat social, deux pathologies opposées s'installent : d'un côté, le Mauricien conditionné à une passivité de survie ; de l'autre, le Français enfermé dans une posture de râleur chronique. Deux symptômes d'un même mal-être démocratique.

Chez nous, à Maurice, la passivité n'est pas un trait génétique, c’est un conditionnement historique. Notre background est celui de l'économie de plantation, un système vertical et totalitaire où la survie dépendait de l'allégeance absolue au maître du domaine. Ce logiciel féodal a simplement été mis à jour par notre classe politique post-coloniale. Aujourd'hui, nous vivons dans une démocratie de clientèle où le moindre droit (un emploi, une promotion, un permis) est travesti en faveur octroyée par le prince ou le réseau socioculturel. Face à cet arbitraire systémique, le Mauricien a développé une stratégie rationnelle d'évitement. Le fameux « pena problem » ou la posture du « chatwa » (courtisan) ne sont que les boucliers du faible. On baisse la tête, on pratique le « bes latet » (se courber)et le système D par peur des représailles économiques d'un État prédateur. C'est le triomphe de l'exil intérieur, où les cerveaux finissent par émigrer en silence, laissant une démocratie de façade s'éteindre sous le poids de la résignation.

À l'autre extrémité du spectre, la France offre le spectacle d'une hystérie permanente. Si le Mauricien courbe l'échine devant l'État par peur, le Français le harcèle par principe. Ce background-là s'est construit sur le régicide de 1789 et sur un centralisme jacobin hypertrophié. De Louis XIV à la technocratie de la Cinquième République, l'État français a tout centralisé, infantilisant le citoyen tout en exigeant de lui un niveau d'imposition record. Privé de corps intermédiaires puissants et de réels leviers de décision locale, le citoyen français ne sait dialoguer avec le pouvoir que par le rapport de force. Râler devient alors un sport national, une catharsis collective. La grève, le blocage et la plainte chronique sont les seuls carburants d’un système rigide qui ne cède que lorsqu'on brûle ses vaisseaux. C’est la politique du conflit permanent, un vacarme stérile où la contestation de principe bloque toute réforme structurelle et nourrit un immobilisme chronique.

Ces deux profils sont les deux faces d'une même pièce : l'incapacité à bâtir une culture du compromis. Le Mauricien, écrasé par le clientélisme, souffre d'un déficit de citoyenneté active par excès de prudence. Le Français, étouffé par la verticalité étatique, souffre d'une crise d'autorité par excès de défiance. L'un contourne le système dans un murmure, l'autre le bloque dans un cri.

Nous ne pourrons pas faire l'économie d'une refonte profonde de nos architectures institutionnelles. Tant que l'allégeance politique ou le conflit stérile primeront sur la compétence, la transparence et la méritocratie, nos sociétés resteront coincées dans ces impasses psychologiques. Il est temps de passer du statut de sujet passif ou de contestataire professionnel à celui de citoyen souverain, capable de co-construire l'avenir plutôt que de le subir ou de le saboter.

Saturday, October 24, 2026

Rivière-Noire : une gifle, et le pays qui la reçoit

Rivière-Noire : une gifle, et le pays qui la reçoit. Une policière affirme avoir été giflée, dans son propre poste, par une ressortissante étrangère. Celle-ci s'est vu notifier une accusation d'Assaulting Police, mais n'a pas été arrêtée. Précisons-le : il s'agit d'une version des faits, et il appartient à la justice de trancher. Mais personne ne lit cet incident de manière isolée. Les Mauriciens le lisent à la lumière du reste : un littoral bradé, des villages repoussés derrière des portails qui ne sont pas les leurs, un modèle de développement bâti pour ceux qui arrivent avec des capitaux et qui traite ceux qui restent en simple décor. La gentrification n'est qu'un détonateur parmi d'autres. À ses côtés, le coût de la vie qui étrangle, les affaires de corruption qui s'enlisent, et la conviction tenace que le carnet d'adresses pèse plus lourd que la sueur du travail honnête.


Cette colère est légitime. C'était écrit depuis longtemps. Pendant des années, les gouvernements successifs et les gros propriétaires terriens ont joué à l'autruche, la tête dans le sable et les yeux sur les chiffres : de l'argent, vite, en quantité massive. On a vendu le sol, le front de mer et l'horizon, en se persuadant que la facture ne serait jamais présentée. Elle l'est toujours. Elle arrive sur un terrain préparé par l'histoire. Un pays né de la plantation, où le clientélisme envers la plantocratie n'a jamais cessé, où les mêmes cercles décident de ce qui se vend, à qui et à quel prix. Le citoyen ordinaire n'a pas oublié qui était servi en premier.

 

Les gated communities en sont le signe qui ne trompe pas : sur un territoire de 2 040 km², ériger des enclaves fermées, c'est déclarer à ses voisins qu'ils sont une menace. Une société ne se divise pas ainsi sans en payer le prix. Ce prix, nous le voyons venir : une xénophobie bien réelle qui s'installe. Elle visera d'abord les Blancs, et l'amalgame ne fera aucune distinction. Touristes, expatriés, mais aussi Blancs locaux, Mauriciens de souche, de la neuvième génération parfois, qui n'ont jamais possédé un arpent de canne ni siégé dans un conseil d'administration. La couleur servira de raccourci à une colère qui ne prendra pas le temps de lire les titres de propriété. Cette injustice sera aussi la conséquence directe de l'opacité : quand on ne sait pas qui possède quoi, on soupçonne tout le monde de tout posséder. Elle s'étendra aux travailleurs étrangers, qui n'ont ni portail, ni gardien, ni puissants à leur service, et seront les premiers exposés. Elle frappera enfin quiconque est perçu comme riche, Blanc ou non, car la rancœur ne vérifie pas les comptes en banque. Ceux qui ont bradé le pays seront les derniers à en payer le prix.

 

Comprendre cette colère n'oblige pas à l'absoudre. On peut la dire légitime dans ses causes et dangereuse dans ses dérives. Mais la responsabilité première incombe à ceux qui ont semé : l'État qui a bradé, les propriétaires qui ont encaissé, les dirigeants qui ont préféré la vente à la vision. Le remède n'est ni l'indignation ni le déni. C'est l'égalité devant la loi, appliquée sans regarder le passeport ni le compte en banque ; la transparence sur qui possède et qui profite ; et des gouvernants qui lisent le mécontentement comme un signal, non comme un problème de communication. Faute de quoi, la prochaine gifle ne sera pas un fait divers. Ce sera un symptôme de plus, et le diagnostic est connu depuis longtemps.

Wednesday, October 21, 2026

A bid for a fairer banker

Our economic commentators love to present Mauritius as an ultra-modern international financial hub. Yet, our local credit model remains stuck in a colonial mindset: they refuse to take risks and chase easy profit. For decades, the local banking duopoly has quietly capitalized on a massive interest rate spread, often around 5%. This gap separates the high borrowing rate they charge to lend money from the low deposit rate they grant on savings. Consequently, banks drain productive businesses through expensive loans while tossing crumbs to small savers on their deposits.

When the Bank of Mauritius adjusts its policy instruments, the transmission mechanism is invariably lopsided. A hike in the repo rate to protect the under-siege Mauritian Rupee transforms instantly into steeper borrowing costs for local small and medium enterprises. Yet, the corresponding yield for savers crawls upward at a glacial pace. The system is structurally wired to socialise the risks of currency depreciation while privatising the margins.

To break this gridlock, we must reject the simplistic binary of laissez-faire complacency versus blunt regulatory caps. Forcing a rigid drop in the interest spread to an arbitrary two per cent would simply trigger an immediate credit freeze by hyper-conservative risk committees, leaving local businesses entirely starved of capital. Conversely, relying solely on heavy corporate taxation treats the symptom rather than the systemic disease.

What the Mauritian economy requires is a surgical recalibration: a tiered 25 per cent corporate tax rate intertwined with a compressed 3.5 per cent spread framework, underpinned by an elevated policy rate to guard our battered currency.

By tying a lower tax threshold exclusively to productive domestic lending, we reverse the incentives for hoarding. If our financial institutions choose to park their excess liquidity in zero-risk government papers, they should face a punitive 35 per cent fiscal penalty. If they choose to absorb the risk of local entrepreneurship, agriculture, and green industrialisation, they deserve a tax shield.

By compressing the spread to 3.5 per cent within a higher repo environment, fiscal policy finally rewards depositors for holding the Rupee, effectively stemming the tide of capital flight. Simultaneously, this structural pressure forces lenders out of their rentier comfort zone. Experience shows that formal codes of ethics, corporate governance frameworks, corporate social responsibility (CSR) initiatives, and environmental, social, and governance (ESG) metrics fail to instill genuine fairness or structural equity in the system on their own. We no longer need a banking sector that merely manages safety metrics and checks compliance boxes to project an image of sustainability; we require a dynamic financial engine that actively fuels real-economy wealth creation. 

Ultimately, our policy framework must treat banking not as a protected guild, but as a public utility dedicated to national development.

Friday, October 16, 2026

Pain at the Pump: It’s about affordability, stupid!

We have been collectively gaslit by a simple arithmetic trick. Every time the State Trading Corporation tweaks its pricing committee dials, or local politicians squabble over the raw retail price of a litre of fuel, a predictable chorus of outrage echoes across Mauritius. The public demands lower pump prices, completely mistaking a symptom for the terminal disease.

Let us shatter the foundational myth of modern consumer outrage: fuel affordability does not depend on the price level alone.

To obsess over the raw cost of a litre of petrol is to completely misunderstand how wealth, structural productivity, and economic sovereignty operate. A nominally cheap commodity in a low-productivity, stagnant-wage economy is exponentially more punitive than a heavily taxed, hyper-expensive commodity in a highly productive society. The 'pain' you feel when the pump clicks shut is not a reflection of global oil benchmarks or localised supply chain duties; it is a direct diagnostic test of your country's actual purchasing power.

To see this systemic reality clearly, consider the metrics tracking what percentage of a monthly gross salary is swallowed by a standard 50-litre tank of petrol across different global regimes:

Consider the stark economic paradox of Norway. At an exchange-converted rate of Rs 108.35 per litre, Oslo punishes its drivers with aggressive environmental levies, carbon taxes, and zero state retail subsidies. On paper, it is a pricing nightmare. Yet, on the vertical axis of real human life, that 50-litre tank takes a negligible 2.40% slice out of a typical Norwegian's monthly pay. Why? Because high-productivity, high-value economic structures turn nominal pricing monsters into minor budget rounding errors.

Now turn your eyes to India. At roughly Rs 49.30 per litre, petrol there looks astonishingly cheap to an outside observer. It is less than half the price of Norway's fuel. Yet, because the baseline national worker income scales lower down, a single 50-litre fill-up demands a staggering 20.42% of a monthly salary. It is a brutal, regressive tax on basic human mobility.

Mauritius sits uncomfortably in this squeezing middle tier. At Rs 77.70 per litre, a full tank exacts a sharp 8.93% toll on the average monthly gross salary.

This pressure is further compounded by a weakening Mauritian rupee, which structurally erodes national purchasing power on the global market. Because oil is priced internationally in US dollars, a depreciating domestic currency forces Mauritius to spend more local capital just to import the same volume of crude oil. Consequently, even when global oil benchmarks remain steady, the structural degradation of the exchange rate creates an inescapable undercurrent of domestic inflation, punishing the everyday consumer at the pump long before wages can catch up.

The political response to this has always been predictably shallow: demand a temporary reduction in levies or beg for an artificial price freeze. But hiding market realities behind state subsidies is merely a shell game played with taxpayer money. When a government artificially depresses the price of fuel because its population cannot afford it, it is openly admitting that its economic model cannot generate competitive, resilient wages. It is treating a structural income problem with a temporary fiscal sedative.

Furthermore, this reliance on personal vehicles is a self-inflicted wound born from public transport inefficiencies. Because our mass transit infrastructure remains fractured and incapable of providing affortable, comfortable and reliable door-to-door solutions, everyday workers are structurally forced into car ownership, leaving them completely vulnerable to global energy fluctuations.

If we want true relief at the pump, we must stop looking down at the price ticker on the dispenser. We must look up at the stagnant structures of our productivity, our lack of deep industrial diversification, and our national wage scales. Until our economic engine matches the real value output of high-income nations, any drop in fuel prices is an illusion—and the real pain at the pump will remain a permanent structural fixture.

Thursday, October 15, 2026

The Fiction of Free Speech: Sally Rooney, Anti-Terror Laws, and the Western Masquerade

 For decades, the global South has been subjected to a tedious, self-righteous lecture. We have been told, with the unyielding arrogance of a colonial schoolmaster, that the Western world is the ultimate custodian of human rights, the rule of law, and that most sacred of secular sacraments: free speech. The West, so the narrative goes, is an open marketplace of ideas where thought flows unfettered, unlike the darker, authoritarian corners of the map.

It is a beautiful fiction. But like all well-maintained myths, it collapses the moment it is forced to confront its own staggering hypocrisy.
The latest fissure in this moral facade comes not from a political dissident in exile, but from the heart of the Anglo-American literary establishment itself. The decision by Irish novelist Sally Rooney and her publisher,  Faber, to completely withdraw her bestselling novels from sale across the United Kingdom is a watershed moment. It exposes the absolute baselessness of the West’s moral superiority complex.
Rooney did not pull her books because of a sudden fit of artistic temperament. She was effectively forced to do so because her state-sanctioned solidarity with a pro-Palestinian protest group, Palestine Action, means that continuing to sell her books in the UK would make her—and her publisher—guilty of a "serious criminal offence" under Britain’s draconic anti-terror legislation.
Let that sink in. In the United Kingdom, the self-proclaimed birthplace of modern liberalism, a world-renowned author cannot receive royalties because her personal conscience aligns with an organisation that protests against a brutal apartheid regime. The state has weaponised its legal apparatus to ensure that dissent is not merely debated or discouraged, but financially starved and criminally choked. Over 3,700 people have been arrested under these selective laws, some for merely holding signs.
Where are the champions of Voltaire now? Where are the weeping columnists who usually scream "cancel culture" whenever a privileged academic is boycotted by university students? They are remarkably quiet. Because in the West, free speech is a luxury item, selectively rationed. It is fiercely defended when used to mock the marginalised, to insult the religious sensitivities of the global South, or to protect the interests of corporate oligarchies. But the moment free speech threatens the geopolitical architecture of Western empire—the moment it calls out the complicity of the British state in enabling illegal occupations and military campaigns—the velvet glove is stripped away, revealing the iron fist of authoritarian censorship.
This is the rotten core of the Western moral superiority complex. It is built on an structural asymmetry: one rule for the civilised "us", and another for the disposable "them". The West loves the aesthetics of rebellion, provided it remains confined to the safe, sanitised pages of a novel. But when an author like Rooney puts her money where her morality is, the system shifts from patronising tolerance to outright criminalisation.
By pulling her books, Rooney has performed a profound act of literary defiance. She has refused to allow her work to be used as a cultural fig leaf for a society that criminalises basic solidarity. She has exposed the UK market for what it truly is: a gilded cage where you are perfectly free to think whatever you like, as long as you do not dare to act upon it.
The global South has long seen through this masquerade. We know that the West's lectures on liberty are merely instruments of soft power, designed to browbeat developing nations while the metropole maintains a monopoly on violence and narrative control. The Rooney affair has simply brought that truth home to roost in the bookshops of London.
The mask has slipped, and what lies beneath is not a bastion of liberty, but a deeply insecure, hypocritical empire that burns books by ledger and by law.