Wednesday, January 20, 2021

Morisclerosis: Vivement le vaccin

Il existera toujours parmi nous des optimistes qui regardent la vie en rose, des pessimistes qui regardent la vie en noir, des utopistes qui fantasment sur un monde de rêve, des relativistes qui relativisent tout, quitte à pactiser avec la médiocrité ainsi qu'avec les tilespri (bigots). Toutes ces perspectives comptent. Les réalistes en revanche abordent le monde dans toute sa complexité, accueillant intuitivement ses nuances, et agissent en conséquence. Pour eux, l’idée d’une méthode universelle est une aberration. Leurs actions peuvent toutefois être soit durablement équitables, soit fatalement néfastes.

 

Bienveillante chez les élites dirigeantes, cette perspective oriente les politiques d'une nation vers le bien-être commun, puisant dans le vécu des citoyens et composant avec la mondialisation. Autrement, les dirigeants dissimulent cyniquement leurs agissements dans notamment des slogans, des idéologies, des récits souvent mythifiés d'un autre temps ou d'ailleurs. Bref, une machination pernicieuse servant simultanément de berceuse qui n'est évidemment pas conçue pour répondre avec de l'imagination aux aspirations profondes et plurielles des citoyens. Cette perspective transforme les dirigeants en créatures surréelles avec le potentiel de tracer les contours du « système ». Parallèlement se trame l'enrichissement personnel et des réseaux de parrainage de ce « système » - nous surnommerons ces profiteurs les insiders (et le cas échéant, les outsiders). La fin justifiant les moyens.

Nous nous répétons que notre système parlementaire est d'inspiration westminstérienne, censée véhiculer une démarche résolument favorable aux citoyens. Or, et ce depuis longtemps déjà, nombreux sont les politiciens mainstream qui s'acoquinent au monde des affaires pendant que les politiques du gouvernement s'éloignent de l'intérêt général. Faute de médias mainstream suffisamment vigilants car sensibles aux gros annonceurs et à leurs facilitateurs-politiciens, de mécanisme de fonctionnement parlementaire propice à la transparence et à la redevabilité, de brigades anti-corruption et pro-concurrence impitoyables. Une situation semblable certes à pratiquement tous les pays du monde, pas selon la gravité n'empêche. Elle nourrit à l'usure des ressentiments anti-establishment dont la créature suprême est incarnée par le fantasque Donald Trump, et ses avatars.

Quel Reset ?

Depuis plusieurs siècles, la majeure partie du monde a été sous l'influence de la perspective « occidentale » construite par les élites dirigeantes et représentée d'abord par l'entente franco-britannique avant que les Etats-Unis ne deviennent le moteur. Contrairement à l'empreinte des autres civilisations, cette perspective favorise une lecture binaire de l'existence et exacerbe probablement l'esprit partisan. La liberté individuelle passe avant l'esprit de la communauté, la raison ne peut pas intégrer la dimension émotionnelle (dramatique lorsqu'elle est religieuse), la technicité prime sur le ressenti etc.

Spinoza le sage du 17e siècle avait pressenti la toxicité de l'approche non-holistique/non-intégrée qui fait fi de la notion de complémentarité et de solidarité, aujourd’hui l’anthropologue Joseph Henrich et d’autres s’alarment. Dans les années 80, cette perspective « occidentale » a asphyxié la pensée interdisciplinaire au profit de l'expertise réductrice. L'économisme et ses experts les économistes mainstream (heureusement que des économistes Millenials s'efforcent à s'émanciper de l'incapacité de leurs ainés à think outside the box) étaient désormais érigés en éclaireurs du « système ». Maurice ne faisant malheureusement pas partie de ces rares pays épargnés. Depuis quelques années déjà l'hégémonie « occidentale » s’effrite avec le nouveau contexte géopolitique international, et dans ce sillage, la crispation se mondialise.

Pire, alors que Covid-19 a bouleversé davantage notre normalité et a bousculé la perspective des capitaines politiques et des affaires presque partout ailleurs, ici le nombrilisme persiste. Même le Financial Times, la voix du capitalisme mondialisé, a changé de perspective. Il ne s'agit pour nous ni de s'inscrire au reset genre stakeholder capitalism ni à celui du socialisme réinventé. Mais d'un leadership visionnaire capable de diagnostic sans complaisance qui, hélas, nous échappe dangereusement. Idem pour la vision globale, la planification et les compétences locales requises pour une mise en œuvre maîtrisant les coûts et respectant les normes scrupuleusement. La solution n'est certainement pas de tout externaliser à la technocratie internationale bureaucratisée. Nous pouvons nous inspirer des meilleures pratiques à l'étranger, rechercher l’accompagnement de notre diaspora, mais les solutions ne peuvent être que locales et hybrides.

Depuis 1968, nos gouvernements successifs nous ont offert des avancées notables. Sans vraiment se soucier de leur rendement effectif dans le temps. Prenons l'État providence qui n'arrête pas de perdre en efficacité et en qualité. Ce n'est pas le ciblage des bénéficiaires qui rendra efficient le contrat social du gouvernement avec le peuple, mais un engagement ferme à l'extirper du gaspillage et de la corruption. Singapour, la Corée du Sud et les pays scandinaves surtout ont longtemps intériorisé l’impératif d’un État proactif et juste. Comme le système éducatif et celui de la santé, un système de transport public intégré ne doit pas souscrire à l’impératif de rentabilité financière. D’ailleurs dans certaines villes le transport public est gratuit. D’autres envisagent de leur emboîter le pas, ayant bien anticipé l’impact multidimensionnel d'un réseau de transport en commun accessible et vert sur les marchés de l’emploi et des loisirs, la préservation de l’environnement et la société dans son ensemble.

En ce qui concerne notre modèle de développement, il n'a jamais été fondé sur des incitations à être innovant et performant mais sur les privilèges (rentes, copinage, accords préférentiels et roupie  anémique). Tous nos gouvernements ont su brandir l’édification des infrastructures publiques (qui tend à rimer avec affairisme) comme trophée de ce développement et abuser du journal télévisé de 19h30 (JT) pour promouvoir l'élan. Si auparavant les gouvernements faisaient mine de faire attention à ne pas aggraver le déséquilibre des comptes publics même si l’usage du JT était déjà grotesque, le gouvernement actuel s'autorise toutes les largesses. Une descente certaine en termes de qualité de gouvernance qui en dit long sur la validité de l'indice Mo Ibrahim.

L’épisode Covid-safe procure un confort éphémère qui pourrait booster cette image bidon de gestion impeccable mais qui cache mal ce qui couve : un système national à la dérive qui n’est ni robuste ni vertueux. Notre intégration à la finance mondialisée sans le protocole monétaire requis pour stabiliser notre monnaie (que d'autres petites économies très ouvertes sur le monde observent) a perverti notre modèle de développement qui produisait déjà pas mal de distorsions et d'instabilité. Résultat : des circonstances qui constituent insidieusement un reflet inquiétant de nos comportements.

Une nation saine ne peut se passer d’un État omniprésent inspirant confiance et créant les conditions favorables au rayonnement des citoyens. Or, pour garantir leur mode de vie souvent bling-bling (que les outsiders rongés par l’arrivisme imitent) les insiders ont favorisé un modèle de développement qui désindustrialise et précarise une bonne partie des outsiders. La cherté de la vie que ce soit dans l’absolu ou proportionnellement au niveau des revenus et la crise persistante  du logement agissent comme principaux vecteurs de cette désillusion. Il est utile de rappeler que 60% des habitants de Vienne en Autriche, pays qui génère vraiment des revenus même très élevés, bénéficient de logements largement subventionnés par l’État. Pour être performants, nous devons urgemment chercher à réduire considérablement les coûts du maintien des ménages et les coûts d’exploitation des entreprises. Dans cet aveuglement, le vieillissement de la population, parmi d’innombrables autres chantiers à occuper, et ses répercussions néfastes au dynamisme du pays ont été ignoré.

Détoxification systémique

L’investissement dans l’artifice, greenwashing inclus, qui sert à canaliser les regards et les critiques ailleurs que sur/contre les insiders, est aussi un aveu d’incompétence à construire une nation épanouie et compétitive. Le recours aux interdits, à l’instauration de la peur et au tout-répressif  devient mode de gestion lorsqu’un gouvernement se sait inapte à mesurer et prendre des risques pour naviguer dans un environnement mondial sans doute de plus en plus imprévisible et impitoyable. Là où ils s’attendent à un État empathique, les outsiders les plus vulnérables subissent une stigmatisation. Pas évident de ne pas chercher à « rod so bout » lorsque les obstacles visibles et invisibles se dressent partout. Ce n’est pas dans un déséquilibre existentiel que la motivation de se surpasser en respectant les lois émergera. Quand l’exemplarité est absente en plus.

Même avant Covid-19 les sociétés les plus avancées commençaient à s’imprégner d’un mode de consommation responsable. Depuis Covid-19 la frugalité et l’expérientiel s’ajoutent à ce nouveau mode de vie. C’est impensable de s’attendre à un mode de vie sophistiqué quand le piège de l’endettement bouffe les revenus supposés être disponibles et les loisirs disponibles ne sont pas tous sains et variés, encore moins abordables. Les inégalités fracturent le pays alors que les gated communities, refuges pour les nantis, et que les Smart Cities subventionnées ciblant les étrangers se multiplient. Paradoxalement, la concentration de la richesse et des terres entre les mains de quelques membres d’une toute petite communauté ethnique demeure un sujet tabou. Ce qui est en soi suicidaire* et aussi un test de crédibilité pour les aspirants politiciens du changement. Et de surcroit un prétexte pour parrainer des nouveaux parasites.

La technologie nous a libérés de nombreuses tâches physiques. L’intelligence artificielle va nous libérer de nombreuses tâches intellectuelles. Sans un basculement vers un apprentissage expérientiel et interdisciplinaire, ce serait vain d’envisager un capital humain, dont les Digital Natives, avec des facultés cognitives agiles et un sens aigu de discernement. Surtout avec l’usage accru des algorithmes pour consolider l’assise des insiders. Arrêtons de nous mentir. Sans l’éveil de quelques insiders visionnaires, d’une masse critique d’outsiders et d’une synergie entre tous les stakeholders, nous ne sortirons pas du cercle vicieux. Nous allons devoir nous contenter des prochaines embellies en contrepartie de plus de cicatrices sociétales dont, entre autres, la normalisation du travail et du service bâclé, de l’incohérence, d’un mode d’opération propre aux faussaires et de l’incivisme. Que ni la première impression des visiteurs ni les statistiques biaisées, et encore moins le nombre de berlines de grand luxe sur nos routes, ne captent.

* L'oligarchie dépigmentée [https://tchombo.blogspot.com/2009/03/loligarchie-depigmentee.html]

* Pour une lecture complémentaire écrite en 2008 [ https://tchombo.blogspot.com/2011/01/salaam-gentillesse-legendaire.html]

Wednesday, December 30, 2020

Global BS-busting: Voices & Acts to follow in 2021

 Global Politics: Kishore Mahbubani (with Eastern bias), Fareed Zakaria (with Western bias)…

 Global Capitalism: Rana Foroohar, Mohamed el-Erian, Mariana Mazzucato, iconoclast central banker Andy Haldane (Sign of the times: an outlying white European male)...

 Global Identities: Pankaj Mishra, Achille Mbembe...

 Global Whatever: The one & only Nassim Taleb…

 Global Policies: Usual suspect Singapore, fast learner South Korea, women-led Finland…

 Additions welcome.

 

Wednesday, October 7, 2020

Are "monsters" self-created?

Generalised demotivation seems to be one the main symptoms of our existential crisis. It emerges through its own channels of resentment, namely unhealthy lifestyle when it is not repressed. Let’s try to read through the pattern that led to this unbearable situation while striving to avoid the slippery ideological track.

Globalisation and capitalism count among the buzzwords that have stirred so much heated debates for at least three decades. With the There Is No Alternative (TINA) doctrine, which sanctifies the all-out deregulation and privatisation of markets, Margaret Thatcher has greatly contributed to boosting the rat race. With over-consumption acting as a catalyst and key driver.

Pro-market, at all costs please!

First of all, let's dispel the confusion between private enterprise and (predatory) capitalism. The latter is based on parameters that misrepresents what Adam Smith, one of the icons of socio-economic thought, contemplated. Indeed, when he spoke of the "invisible hand," he insisted that it would only be efficient if it was supported by an enlightened force which would not harm the general interest. By upholding greed and the pursuit of mindless material possessions as virtues, the dogma of the self-regulating market has been instrumental in the drift we are experiencing.

To contain inevitable market failures, on the one hand, a competition watchdog is expected to intervene and impose a level playing field where healthy competition reins in the quest for rent seeking. In return, such market rewards innovators. On the other hand, the state also becomes a market player when Big Business (understood here as large shareholder-centric conglomerates and multinationals bent on whitewashing stakeholders' concerns and rights) does not have the necessary resources to operate in a specific sector or when fat rents and margins are not in sight.

In contrast, a corrupt state is a pro-big business agency that applies arbitrary policies to facilitate the expansion of Big Business. This to the detriment of small and medium-sized enterprises which are more likely to boost the market and generate jobs. When, for example, we were heading towards the end of preferential agreements and the transformation of the sugar industry began to occupy the "national" agenda, the cane industry was promoted as the win-win formula.

In reality, it was a sneaky lobby to support its conversion to the concrete industry (or property development for foreign buyers) and harness the energy industry which portrayed itself as green but is mainly powered by coal. All accompanied by generous, direct and indirect subsidies imposed on citizen-taxpayers. Who are the real “assistés”? As a matter of fact, the impact on food sovereignty and home ownership is overwhelming.

Reversing this modus operandi is an imperative that is as economic as it is social and ecological because it holds back productive energies, the source of effective competitiveness.

Massenbetrug *

Mass deception * is a phenomenon deconstructed by philosophers Theodor Adorno and Max Horkheimer to describe the commodification of popular culture and its dissemination to distract citizens, without the constraint of sublimating the work. Meanwhile resource-grabbing is unleashed. Professors Noam Chomsky and Edward Herman later delved into how the mainstream media relate to this situation in the book Manufacturing Consent.

It is no coincidence that mainstream media today is so disapproved as their operation depends much more on market-dominant advertisers, than paid readership, who shape the contours of the system. Thus, many journalists internalise codes that tend to inhibit the expected nobility, even if passionately desired.

Internationally, eyes are often directed towards Donald Trump, the “jihadists” and so on. That they could embody the traits of a "monster" capable of doing great harm is undeniable, but would they have been headline-grabbing if previous governments have not been Big Business puppets?

This current government is only the legacy of previous failings in governance. Our previous governments were not more competent, they were rather less bad. Anyway public disillusion has started building up for a long time. It is this vacuum that has fostered the emergence of "monsters" in all its forms.

Governments and Big Business lamin dan lamin

The street and social media protests are a convergence of citizens' various frustrations against the political and economic establishment. Anger is directed at the wealth captured by this establishment, a reality translated into staggering inequalities. In a sloppy bid to reverse this setback, Mauritius was offered its TINA moment in the 2000s. France is now making up for it with Emmanuel Macron, after Nicolas Sarkozy's failed attempt.

A system inherently undermined by decades of deception can never be saved by further deception revamped in an ivory tower. True salvation will come from a straightforward diagnosis, a well-defined destination, an integrated, glocal and intelligently communicated action plan. The course will have to be resolutely driven by a synergy between all the stakeholders. All inspired by leaders setting a good example, credible guardians of institutions and regulators that bite for real without get figir.

The United Kingdom characterises a country doomed to survive the backlash of massive deindustrialization and the excessive financialisation of its economy. By foolishly replicating a similar accident-waiting-to-happen in our tiny territory, the resulting invasive gentrification can only be more devastating. Other utterly absurd decisions further strained the landscape, including:

• the abolition of the Ministry of Planning;

• the dismantling of the railway;

• the simultaneous launch of the offshore platform with a floating exchange rate regime (validation of even more slippery exchange rates);

• the incentives to grab "waterfront" sites and, simultaneously, the consecration of the Zougader temple.

The usual suspects, that is the Scandinavian countries as well as Germany, Estonia, Canada and Singapore, are trying hard to overcome this rat race, if only less painfully, because their captains have never been really infatuated with TINA. Their foresight and their vision have generally prevailed over navel-gazing and the blame game.

Dire straits

The time has come, according to Andy Haldane, the Bank of England iconoclast, to end the tyranny of "experts" and listen to popular wisdom. Unfortunately, this will not be an automatic transition because many Millennials, like many of the celebrated "experts", have not benefited from sufficiently sharp cognitive tools to navigate the systemic links with an interdisciplinary and a sophisticated approach. In addition, social media is not necessarily conducive to the revival of participatory citizenship: the information circulating there is heavily filtered by algorithms that are not always benevolent.

For bigots still advocating predatory capitalism, name calling any other alternative, however credible, is their lifeline. But the usual suspects have shown that labels do not matter in building a viable project. Fortunately, promising vibes are being released here and there. Ironically, or not so much, women are mostly the ones flying high the anti-TINA flag.

Namely, Mariana Mazzucato for scholarly research; economic thinkers Rana Faroohar and Gillian Gett within the Financial Times, the voice of global capitalism; Jacinda Arden, Prime Minister of New Zealand. Behavioural findings by Daniel Kahneman and Richard Thaler, among the most cited, are contributing to relieve orthodox economics from its one-track mindedness. In South Korea, the chaebols (conglomerates) are being brought to heel. Pope Francis is constantly demonising the rat race. Popular socio-economic thinker Thomas Piketty has demonstrated how wealth concentration has hurt nations. By ignoring this reality proponents of global (predatory) capitalism risk their own credibility.  

The political establishment and Big Business feed each other. As long as we do not factor in this fatal attraction as the primary source of our misery, not only will we contribute to maintain the mass deception, but no matter how vigorous our protest we will merely reap a flash in the pan and satisfy a feel-good sentiment provided by the self-therapy for "at least doing something".

Tuesday, September 22, 2020

Interview de Mauritius Times 2020

Mauritius Times : S’il existe un consensus auprès de beaucoup de Mauriciens quant à la nécessité d’un changement, souhaiteriez-vous que ce changement soit introduit par voie démocratique ou par des « révolutions de rue » ?

Samad Ramoly : J’adhère au slogan « I love Moris. Mo ankoler ar bann dirizan». Je pense que cela traduirait plus un changement de système dans le sens où il faut identifier nos blocages et dysfonctionnements afin d’agir en conséquence, redonner confiance aux citoyennes et citoyens et redynamiser un pays profondément déchiré. Notre conception même de la démocratie doit dépasser le cadre strict des élections. La vigilance citoyenne et institutionnelle vis-à-vis des dérives devrait être permanente.

Qu’une bonne partie du pays soit gangrenée par la corruption n’étonne personne, j’ose espérer. Certes la situation actuelle donne l’impression d’une décadence jamais atteinte jusqu’ici.

Lorsque je parle des dirigeants, évidemment j’associe les dirigeants politiques aux dirigeants du Big Business. Le drame, comme dans beaucoup de pays d’ailleurs, c’est que par manque d’alternative crédible, nous votons par défaut. Ainsi, la colère de la « rue » traduit un ressenti de mal-gouvernance exacerbée dans l’espoir que le message devienne aussi cohérent que puissant afin de forcer un changement radical d’attitude des élites dirigeantes. Et, mieux encore, il s’agit de susciter l’émergence d’une nouvelle force politique.

Si les plus jeunes ont tendance à se braquer sur les problèmes environnementaux, les plus âgés sont très concernés par la vie chère, le problème de logement, le chômage et les inégalités sociales. Le malaise est bien mauricien. Les inégalités sociales, quant à elles, sont le symptôme d’une concentration abusive de la richesse nationale entre les mains d’une petite poignée de familles. Si les prochaines manifestations sont articulées autour de cette perspective, il est certain de voir disparaître les partisans du changement superficiel.

* Quelle lecture faites-vous des dernières manifestations du mouvement « Pou Nouvo Moris » et des ambitions de son principal organisateur, Bruneau Laurette ? Fait surprenant noté la semaine dernière dans le sillage de la tourmente créée par le discours du cadre de Altéo Ltée lors d’un déjeuner sur une chassée de l’île, c’est le fait que Bruneau Laurette s’est invité dans le débat pour prendre la défense de Pierre Noël. Pensez-vous que ce n’est pas un hasard, ou est-ce que cette démarche relève d’une stratégie mûrement réfléchie ? Avec quel objectif ?

Le mouvement « Pou Nouvo Moris» est né dans le sillage du drame Wakashio. Il ne faudrait pas oublier la manifestation organisée par le Kolectif Konversasyon Solider le 11 juillet (qui même si elle n’a pas galvanisé le même nombre de personnes) propageait déjà le sentiment de ras le bol. Selon moi, cette marche a tracé la voie.

J’ai lu avec une attention particulière ce post de Bruneau Laurette. Je pense que, comme beaucoup, il ferait preuve de lazy thinking s’il considère ces propos comme n’étant qu’une blague banale. Nous savons que le terme local « kabri dan lind», qui n’est pas été utilisé ici, pour qualifier les Indiens a une connotation strictement négative. Alors que « malbar »,  même s’il peut être à double tranchant, ne me semble pas innocent quand c’est utilisé ici. Il crée l’amalgame.

De tels propos méritent d’être condamnés. Mais comme nous savons aussi qu’aucune communauté n’a le monopole de la bêtise, vaut mieux ne pas en faire un cas isolé et de réfléchir sur la raison derrière de telles « blagues»  et agir  ensemble pour minimiser de telles bêtises. En revanche, l’histoire nous démontre que, tôt ou tard, toute imposture finit par être mise au jour.

* Face à la position de Laurette vis-à-vis de Noël, on ne connait pas la réaction d’Ashok Subron et de Rashid Imrith, surtout ce dernier qui disait que la marche de Mahebourg confirme l’accomplissement d’un «grand pas vers le mauricianisme ». Mais c’est quand même un étrange « mauricianisme » que celui prôné par les  partisans du « Pou Nouvo Moris» que de se permettre de se ranger dans le camp de l’insulte à l’encontre d’une section de la population mauricienne tout en s’enrobant du drapeau national, non ?

Déjà le sens du « mauricianisme » peut varier d’une personne à une autre. Admettons qu’il signifie une appartenance affirmée à la nation mauricienne. La banalisation de « nou bann » et « bann-la » dénote un repli identitaire qui se réveille en période de crispation et de tension.

Quelque part, nous sommes toutes et tous des « closet racists », c’est-à-dire, en privé ou parmi nos « friends » sur Facebook ou nos contacts sur Whatsapp, nous véhiculons des préjugés et des « blagues » sur l’Autre. L’Autre peut représenter une personne ou un groupe de personnes qui, selon notre ouverture d’esprit ou notre endoctrinement, entre autres, ne peuvent être assimilés à notre « tribu » et à ses valeurs. Quitte à ce que ces valeurs soient nombrilistes, suprémacistes, etc.

Prenons l’exemple de « nigga ». Lorsqu’un « blanc» le prononce, cela tend à interpeller le « noir ». En revanche, lorsque ce dernier le prononce, ça passe. Pourquoi? Une explication serait que la relation de dominé/dominant met en œuvre le déterminisme, cette conviction que nos attitudes sont inscrites dans notre ADN et qu’elles ne peuvent être modifiées.

En contrepartie, il existe aussi le fatalisme, soit la conviction que nos actions n’ont pas vraiment d’importance car tout ce qui est destiné à arriver se produira. Dans ce cas, la réaction risque d’être explosive. Lorsque nous vivons surtout en « tribus», parmi nos semblables, nous n’avons pas suffisamment de recul pour réaliser que nous pouvons aussi intérioriser des valeurs toxiques. Bien souvent, en ringardisant l’Autre, nous révélons plus sur nos mentalités que sur celles de notre cible.

Quand nous aspirons à vivre de manière « civilisée », nous faisons preuve de discernement pour ne pas nourrir et alimenter des sentiments et des expressions qui puissent offenser l’Autre, souvent les plus discriminés, les plus vulnérables ou celles et ceux qui ressentent que leurs « privilèges » supposés soient menacés.

* L’Opposition avait une position de « wait and see » au départ du lancement du mouvement de Laurette, mais depuis elle a pris ses distances. A-t-elle des raisons de craindre un effritement de sa base électorale ?

L’opposition est clairement en mode racolage. Cela se comprend car elle est un maillon important dans la construction de ce système qui s’essouffle depuis longtemps déjà, sauf qu’elle a su convaincre une bonne partie de la population – comme ce Gouvernement actuel, d’ailleurs – que progrès rime forcément avec développement infrastructurel.

Peu importe si les normes ne sont pas respectées, les coûts ne sont pas maîtrisés, les projets sont inutiles, la transparence ne prime pas et les commissions déterminent l’allocation des contrats.

Je suis convaincu que la majorité de l’électorat mauricien voterait pour une équipe de candidats crédibles, peu importe leur appartenance ethno-religieuse, du moment que le projet de société soit détaillé et en accord avec leurs attentes.

L’Opposition serait un adepte du « business as usual » si elle n’est pas capable de venir de l’avant pour nous montrer comment, aussitôt au pouvoir, elle va s’y prendre pour, entre autres,

  1. pratiquer la transparence absolue dans l’utilisation de notre argent et le financement privé des élections avec un encadrement légal;
  2. réduire le nombre de ministères, les salaires des ministres et des députés;
  3. limiter le mandat de tous les parlementaires;
  4. stabiliser notre monnaie comme Singapour, Hong Kong ou l’Estonie car une politique délibérée de dépréciation stimule une spirale vicieuse et ne contribue pas aux gains en productivité, soit la principale source de gain en compétitivité;
  5. stopper tout développement foncier « pieds dans l’eau » et les permis de projet foncier pour étrangers.

* Donc, selon vous l’identity politics ne serait pas incontournable?

Permettez-moi de préciser ma réflexion. Si nous réduisons l’identité d’une personne à sa seule dimension ethno-religieuse sans intégrer son genre et son positionnement sur l’échelle sociale, je pense que nous nous éloignons de ce qui constitue son existence. Donc, ce n’est pas l’identity politics en soi qui soit nocif, mais l’instrumentalisation des composantes de nos identités pour divide and rule.

Je conçois que la situation actuelle exige plus de considération à l’identification car le reward system par rapport à nos contributions n’a jamais été aussi biaisé en faveur des « parasites  endémiques », c’est à dire le Big Business, et des « parasites  chroniques » qui gravitent autour du pouvoir politique du moment. C’est très regrettable que 52 années de politique – parfois éclairées, mais hélas trop souvent mal inspirées -, aient fragilisé notre lakorite et sous-exploité les énergies riches et créatives de notre multiculturalité.

C’est réconfortant, d’après ce que j’ai lu dans la presse, que Jean-Claude de l’Estrac et Arvin Boolell aient changé d’avis par rapport à la ré-actualisation du recensement communautaire. Je ne vois pas comment surmonter les discriminations, par exemple, en étant colour-blind.

Le modèle canadien du multiculturalisme et de la citoyenneté peut nous orienter. Nous sommes très en retard, comme la France, par rapport aux études post-coloniales et le white privilege reste tabou. Il est temps de faire face à la réalité dans toute sa complexité, en s’efforçant toutefois d’éviter une approche binaire.

* La question de récupération politique de ce mouvement de Bruneau Laurette ne se pose probablement plus aujourd’hui, puisque le principal organisateur et ses appuis se sont probablement donné une ambition politique, mais faut-il anticiper une récupération par le Big Business et l’Eglise?

J’ai entendu Bruneau Laurette dire à la radio qu’il ne souhaiterait pas faire de la politique active et partisane. Il a rallié une bonne partie de la population afro-mauricienne. Rezistans ek Alternativ et quelques syndicalistes se sont joints à lui pour constituer ensemble un mouvement.

Ce n’est pas parce que sa « base » soit surtout d’une communauté spécifique que nous  devons lui attribuer des intentions sectaires et démagogiques. L’essentiel, pour lui, serait de convaincre toute la population à travers ses propos et ses actions  que son élan demeure national.

Maintenant, ce serait dommage qu’il soit instrumentalisé par le Big Business et l’Eglise. A ce stade du moins, cette éventualité ne me semble pas évidente. Attendons de voir plus clairement !

* Une lecture attentive des commentaires figurant dans la presse dite indépendante laisse clairement comprendre que le Big business ne serait pas à l’aise avec la décision gouvernementale de retarder l’ouverture complète de nos frontières. Celle-ci est prévue, selon le Gouvernement, à une date qui sera déterminée à la lumière de l’évolution de la pandémie de la Covid-19. « Notre priorité demeurera la protection de notre population », peut-on lire dans un communiqué du PMO. Le Gouvernement a-t-il raison, selon vous ?

Personne ne peut prétendre maîtriser cette situation. Nous ne pourrons pas garder nos frontières fermées indéfiniment. Il s’agit de réunir les conditions pour minimiser les risques et d’optimiser l’utilisation appropriée de la technologie pour le contact tracing.

D’une part, le Gouvernement a procédé et persiste toujours avec le fear mongering. Il ne prépare pas la population à vivre avec la Covid-19. Cela étant dit, une fois nos frontières ouvertes, je pense que les cas de Covid-19 seront inévitables.

D'autre part, ce serait une tâche ardue de nous convaincre que notre service de santé peut répondre efficacement à un nombre élevé de cas. Que les hôteliers en général soient nerveux par rapport à cette situation est légitime.

Par contre, on peut aussi comprendre le scepticisme quant à certains groupes qui souhaitent bénéficier sans contrainte de l’assistance financière de l’État alors que les dividendes payées sur plusieurs années et les investissements soient aussi disproportionnés et que leur trésorerie soit si peu liquide.

* Voyez-vous là une opportunité unique pour faire avancer le programme de démocratisation de l’économie mauricienne lancé par les Travaillistes sans grand succès ?

La démocratisation économique, le projet Maurice Ile Durable, la Truth and Justice Commission, l’Equal Opportunities Commission, la Competition Commission, l’Empowerment programme, etc., sont des initiatives fort louables. Mais pourquoi ces game changers potentiels n’ont pas su répondre à nos aspirations ?

Je pense que la rupture annoncée avec un modèle de développement, qui n’a été fondamentalement qu’un mirage, n’a pas bénéficié de la part du Premier ministre d’alors du leadership et du management qu’un tel changement en profondeur avait besoin. Pire, cette rupture a été mise sous inspiration idéologique, dogmatique et académique avec l’accent essentiellement sur « Put Big Business First », soit le contraire de l’approche singapourienne, pour prendre un exemple.

L’obsession qui perdure toujours pour le benchmark « Ease of Doing Business » – de plus en plus désavoué internationalement d’ailleurs – ne contribue pas à stimuler notre productivité locale et notre compétitivité internationale. La bureaucratie lourde est une contrainte certaine. Et les coûts d’exploitation des entreprises alors ? Et l’affordability et la qualité de la nourriture, de l’habitat, du transport public, de la scolarité, etc., des ménages et des individus ?

Il ne suffit surtout pas de fantasmer sur la disparation de la corruption et du communalisme ou de brandir sans aucune considération anthropologique et neuro-scientifique « plutôt apprendre à pêcher que de donner un poisson ». C’est l’implémentation d’un ensemble de conditions, capables de créer une synergie entre tous les stakeholders, qui peut nous libérer de ce cercle vicieux. L’identification au projet Nouvo Moris ne se décrète pas. Si seulement!

* Peut-on prévoir comment la situation post-Covid va se présenter sur le plan social, économique et politique, selon vous ?

Les prochains mois vont être manifestement plus difficiles qu’ils auraient pu et dû l’être si nos élites dirigeantes n’avaient pas focalisé nos ressources sur la bétonisation du pays, par exemple. La complaisance de la majorité de nos leaders d’opinion et autres zistwariens par rapport à notre « miracle », à la désindustrialisation brutale et nos chaînes logistiques dépassées doit aussi être mise en évidence. Notre intégration, même si temporaire, au rang des pays à haut revenu est le portrait craché de « lies, damned lies and statistics».

Pouvez-vous imaginer, disons, des riches Norvégiens exhiber leur voitures clinquates sans qu’ils soient victimes de reverse snobism, c’est-à-dire sans susciter le mépris ? Les incitations pour redynamiser les smart cities pour étrangers essentiellement ont été au contraire dopées malgré une demande modifiée selon les exigences post-Covid.

Le leadership d’Angela Merkel et de Jacinda Ardern, sans l’idéaliser – qui n’est ni clivant ni empathisant avec les fat cats mais qui fait preuve d’une certaine sagesse – mérite notre attention. Quand nous internalisons dans nos comportements que, comme les système, nous sommes inter-connectés, nous faisons en sorte à ne connecter que les énergies positives du système national.

Ici, on reparle de localisme, de souveraineté alimentaire, d’économie bleue et de réindustrialisation mais toujours dans un équilibre existentiel. Juste pour survivre. Et, en contrepartie, pour détourner en catimini, en toute légalité et impunité la richesse nationale. Approche intégrée et visionnaire, manze bwar sa ? Ma foi, quel gâchis ! Vivement ce cycle vertueux.

Wednesday, July 8, 2020

Haro sur notre pensée débilitante

Il y a une vingtaine d'années, inspiré par le stimulant « Les Asiatiques peuvent-ils penser? » de l'ancien diplomate Kishore Mabhubani, je me suis aventuré à écrire "Les Mauriciens peuvent-ils penser?" Comme prévu, ce texte a agité les milieux conservateurs. N'empêche, « Le monde s'est-il crétinisé? » serait une observation plus juste. Bien que nous soyons loin d'être égaux face à cette tare à travers le monde. L'étendue de la paresse intellectuelle, de la vision étriquée et du cloisonnement de la pensée (appelons ce phénomène Syndrome de la Crétisation - SC) est tributaire de l'environnement qui façonne notre pensée. La plupart d'entre nous ont été influencés par un système éducatif célébrant l'apprentissage par cœur et par l'éthos politique, commercial, intellectuel et familial, en plus d'une culture de soumission, probablement un héritage de la colonisation.

Il serait erroné d'attribuer l'origine du SC aux seules années 80. En revanche, selon toute vraisemblance, il a été propulsé à partir de cette époque, autant que la course effrénée (à la réussite/au pouvoir) et l'addiction au pena letan (prétexte du surmenage). Conjointement à la tendance des médias à l'immédiateté, cette époque a aussi contribué à l'assaut sur le recul, les nuances et les variables tout en inculquant une sagesse populaire pas toujours sage et une crédulité aiguë. Dans ces circonstances, aucun talent exceptionnel n'est requis pour manipuler le peuple. Les statistiques sur-lissées, les slogans creux et la répétition suffisent. Pourquoi alors prendre la peine de mettre en œuvre un apprentissage plus expérientiel pour améliorer le capital humain et former des citoyens plus exigeants?

Au quotidien, le SC se traduit par une déconnexion anesthésiante du monde réel. À court terme, cela peut créer une illusion de progression et même de succès. La frustration et potentiellement l'échec finissent par jaillir pour la grande majorité de non-adhérents au « club », et un sentiment de mépris gagne les initiés (tandis que les non-adhérents cyniques s'affairent à rejoindre coûte que coûte le « club »). Dans ce contexte,  l’ouvrage « Système 1, Système 2 : les deux vitesses de la pensée » du chercheur Daniel Kahneman devrait être une lecture obligée pour ceux qui occupent un poste de direction, et idéalement pour tout le monde. Quoi qu'il en soit, ce message doit circuler: le SC est constitué de biais cognitifs qui se nourrissent de simplismes. Résultat : nous évoluons en tant que créatures plus intuitives que rationnelles. Seul un échange optimal et perpétuel entre l'intuitif et le rationnel peut conduire à une décision intelligente. Notre compétence à collecter et filtrer des informations à l'intérieur et de l'extérieur, à les adapter au contexte et à les appliquer est primordiale. Nous ignorons cette sagesse à nos risques et périls.

Il n'est pas surprenant que la théorie de la pensée complexe de Edgar Morin provienne d'un pays empreint de dévouement populaire à la pontification d' « une élite si disposée à laisser les belles phrases l'emporter sur la pensée profonde », comme le souligne le penseur économique Paul Krugman. La langue anglaise, cette langue qui connecte les savoirs et les cultures à travers le monde, continue de s'effacer (une exception bien mauricienne) alors que les chaines satellitaires franco-françaises continuent de conquérir les écrans et les esprits. Ce nombrilisme colonise lentement mais sûrement notre âme et notre esprit autrefois cosmopolites. À partir de là, il ne faut pas grand-chose pour basculer dans la non-pertinence. La spécialisation et même la sur-spécialisation ont entamé notre perspective de la réalité, et avec, notre jugement dans la prise de décision. L'approche systémique ne doit pas être un (autre) privilège. Aucun « expert » n'a pas eu sa réputation ternie autant que le psychologue (certains se sont d'ailleurs reconvertis en « coach »), l'universitaire (à ne pas confondre avec l'érudit) et  l'économiste. En vérité, nous sommes tous atteints. Même l'ingénieur et l'entrepreneur où le réalisme est censé primer.

Ce qui suit va surprendre la plupart d'entre vous. La famille Nobel n'a jamais voulu attribuer un prix Nobel d'économie. À partir de 1968, la banque centrale suédoise Sveriges Riksbank a commencé à patronner un prix en économie. C'est pourquoi il s'appelle le Prix Sveriges Risbank en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel même si ce prix est décerné parmi les véritables prix Nobel. De plus, en 1974 après avoir reçu le prix et dans un discours lumineux intitulé « La prétention de la connaissance » , Friedrich von Hayek, sans doute l'un des esprits les plus vifs de tous les temps, même si beaucoup de ceux qui revendiquent son influence portent la marque des victimes du SC, nous mettait en garde : « ...[les économistes] ont fait un gâchis ... et cette concentration presque exclusive sur les phénomènes de surface mesurables quantitativement a produit une politique qui a empiré les choses... » Avant d'ajouter « si j'avais été consulté pour établir un prix Nobel d'économie, j'aurais déconseillé ce fait. Il n'y a aucune raison pour qu'un homme qui a apporté une contribution particulière à la science économique soit omni-compétent sur tous les problèmes de la société - comme la presse a tendance à le traiter jusqu'à ce qu'il finisse par y croire. » Tout autre commentaire serait superflu.


Notre notion nocive du développement nous a conduits à l'impasse actuelle. Nous devrons mieux réfléchir à comment minimiser l'impact du SC et de la sacralisation des héros (plus souvent des charlatans) sur notre existence. L'infantilisation comme programme, au lieu de l'autonomisation et la responsabilisation des citoyens autour d’une vision clairement énoncée, est sans doute le « contrat social » le plus juteux pour consolider une ploutocratie. Méditons sur l’histoire de la grenouille qui continue de s'adapter à la hausse constante de la température de l’eau sans même se rendre compte de son sort tragique.

Monday, July 6, 2020

Rethinking our thinking

Some twenty years ago, inspired by former diplomat Kishore Mabhubani's provocative "Can Asians think?" I ventured into "Can Mauritians think?" As expected, it ruffled feathers in conservative circles. Still, "Has the world been dumbed down?" would convey a fairer observation. Although we are far from being equally infected worldwide. The extent of lazy thinking, tunnel vision and silo mentality (let us dub the phenomenon Dumbing Down Syndrome - DDS) is tributary of the environment shaping our thinking. Most of us have been influenced by an educational system disproportionately rewarding rote learning and by the political, business, intellectual and family ethos at the top in addition to a culture of subservience, probably a legacy of colonisation.

It would be misguided to pin DDS to the 1980s. But, in all likelihood, it has been catapulted in this era, as much as the rat race and the dissemination of the pena letan (busyness) affliction. Jointly with the media's sudden bent on immediacy, the era has contributed to the assault on hindsight, nuances and variables while instilling common non-sense and acute gullibility. Under these circumstances, no exceptional talent is required to control and abuse the masses. Twisted data, buzzwords and spin, no matter how shoddy and despicable, are enough. Why then bother to implement more experiential learning to upskill the human capital and groom more discerning citizens?

In our daily routine, DDS translates into a severe disconnect from the real world. In the short run it may create an illusion of progression and even success. Ultimately frustration and potentially failure emerge for outsiders and a sense of entitlement grips insiders (while cynical outsiders get busy plotting how to join them). In that context, researcher Daniel Kahneman's "Thinking, fast and slow" should be made compulsory reading for everyone in a leadership position, and ideally for everybody. Anyway, this message needs to get through: DDS is wired in cognitive biases that thrive on simple-minded binaries that turn us more into intuitive, rather than rational, creatures. Only an optimal and perpetual interlink between the intuitive and the rational can lead to a smart decision. Our competence to collect and filter information within and without, adapt them to the context and apply them is critical. We ignore this wisdom at our own risk and peril.

It is hardly surprising that philosopher Edgar Morin's theory of complex thinking should hail from a country that draws so much popular devotion from the pontification by "an elite so willing to let fine phrases overrule hard thinking", as economic thinker Paul Krugman puts it. As English language, the language that connects cultures and sciences worldwide, continues to fade (a very Mauritian exception) and French brand of satellite idiot box continues to conquer screens and minds, parochialism slowly but surely pollutes our once cosmopolitan spirit and mind. From there, it does not take much to lapse into irrelevance. Our perspective on the real world has been further dented by specialisation and indeed over-specialisation, with it our judgment for sound decision-making. Systemic approach cannot be (another) privilege. No "expert" has earned a bad name as much as the psychologist (of whom some have turned into trendier "coach"), the academic (not to confuse with the scholar) and the economist. In truth, nobody is spared by DDS, not even the engineer and entrepreneur, although realism is their key driver.

The following will be news for most. The Nobel family has never been keen on attributing a Nobel Prize for economics. From 1968, Sweden's central bank Sveriges Riksbank started sponsoring a prize in economics. That's why it is called The Sveriges Risbank Prize in Economic Sciences in Memory of Alfred Nobel. There is no such thing as a Nobel Prize in economics even if it is awarded along genuine Nobel Prizes. What's more, in 1974 after receiving the prize and in a seminal speech aptly named "The Pretence of Knowledge", Friedrich von Hayek, arguably one of the finest thinkers ever even if many who claim his influence bear the hallmark of DDS victims, warned us: "...[economists] have made a mess of things...and that almost exclusive concentration on quantitatively measurable surface phenomena has produced a policy which has made matters  worse..." He further added "if I had been consulted whether to establish a Nobel Prize in economics, I should have decidedly advised against it. There is no reason why a man who has made a distinctive contribution to economic science should be omnicompetent on all problems of society – as the press tends to treat him till in the end he may himself be persuaded to believe." Any further comment becomes redundant.

Our toxic idea of development has obviously led us to the present stalemate. Policymaking founded on infantilisation in lieu of empowerment with a vision, serves best plutocratic ambitions. We should better ponder how to, at least, minimise the impact of DDS and hero (charlatan in most cases) worship on our existence.  As, akin to the frog in the pertinent fable, we may be adapting to the rising temperature of the water without even noticing our tragic fate.