L'IA nous surpassera probablement en matière d'information et de performance mécanique, et pourra même simuler la sagesse et le jugement esthétique — mais elle ne sera jamais un génie, car elle ne fait qu'équilibrer des données en fonction de nos désirs.
Cette affirmation s'affine au fil de la réflexion : « se contenter de suivre des données et des désirs » ne peut être la ligne de démarcation, puisque la cognition humaine est elle aussi façonnée par des données et des désirs. Et « puiser dans un fonds collectif » ne le peut pas non plus, car aucun génie individuel ne crée à partir de rien. L'originalité absolue est une illusion ; chacun recombine une matière commune.Ce qui distingue véritablement le génie, ce n'est donc pas la matière, mais la capture — la manière singulière d'une personne de courber cette même lumière partagée. Et ce qui rend cette capture durable à travers une œuvre, c'est la continuité : un dialogue avec soi-même qui dure des décennies, chaque pièce tendant vers quelque chose que l'on ressent sans encore l'avoir atteint, porté par de véritables enjeux — la réputation, l'obsession, le risque de se tromper.
C'est ce qui manque à l'IA actuelle — non pas l'originalité, puisque personne ne la possède réellement, mais un arc auto-référentiel soutenu dans le temps, et quelque chose à perdre. Elle recommence à zéro à chaque fois. Elle peut donc très bien approximer le fonds commun, mais elle n'a pas encore de capture qui lui soit propre.
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